Et si notre santé-sécurité au travail devenait… plus "robuste" ?
Nous parlons souvent de performance ou de résilience en santé-sécurité au travail.Mais avons-nous déjà exploré la robustesse ? Ce concept, venu de la biologie et développé par le chercheur Olivier Hamant, change notre regard sur ce qui rend un système (ou une organisation) réellement vivant et durable. Je partage avec vous cette découverte extrêmement intéressante!
De la performance à la robustesse
Dans la nature, un organisme robuste n’est pas celui qui fonctionne sans erreurs ni perturbations. C’est celui qui accepte la variabilité, qui s’ajuste, et qui apprend de ses tensions.
Autrement dit, un système robuste :
ne cherche pas à tout contrôler,
reconnaît les écarts comme sources d’information,
mise sur la diversité et la coopération pour s’adapter.
Et si nos entreprises pouvaient en faire autant ?
Quand la robustesse inspire la santé et la sécurité au travail
Appliquée à nos environnements professionnels, la robustesse invite à un changement profond :
Passer du “zéro accident” au “plein d’apprentissage”.
Passer du contrôle à la confiance.
Passer de la procédure figée à la culture vivante.
Un collectif de travail robuste n’est pas celui qui ne connaît jamais d’écart, mais celui qui sait accueillir les signaux faibles, écouter les voix dissonantes, et réagir ensemble avec intelligence.
4 piliers pour construire une organisation robuste
Pour construire des organisations véritablement robustes en matière de santé, sécurité et bien-être au travail, quatre piliers essentiels émergent sur base du modèle d'Olivier Hamant.
Le premier pilier est la diversité. La robustesse naît de la pluralité des regards, des expériences et des pratiques. En entreprise, cela signifie intégrer des profils différents (opérateurs, responsables RH, managers, conseiller en prévention) dans l’analyse des situations et des incidents. La diversité permet de mieux comprendre le travail réel et d’identifier des solutions ancrées dans le quotidien du terrain.
Le deuxième pilier est la redondance. Dans le vivant, plusieurs mécanismes existent pour assurer une même fonction : si l’un faillit, un autre prend le relais. Transposé au monde du travail, cela implique de multiplier les sources de soutien et les voies de signalement. Par exemple, offrir plusieurs canaux pour alerter ou demander de l’aide (hiérarchie, service interne de prévention, collaborateurs-référents, etc) renforce la sécurité psychologique et opérationnelle.
Le troisième pilier est la plasticité. La plasticité, c’est la capacité d’adaptation, d’apprentissage et d’expérimentation. En milieu professionnel, cela se traduit par des espaces où l’on peut apprendre des événements, ajuster les pratiques, essayer et corriger. Organiser des retours d’expérience centrés sur l’apprentissage plutôt que la faute permet aux équipes de progresser collectivement et de s’adapter aux imprévus du quotidien.
Enfin, le quatrième pilier est la cohérence. Pour que les équipes s’engagent durablement, il faut un cap clair, partagé et incarné. La cohérence consiste à aligner les messages, les décisions et les pratiques avec la mission et les valeurs de l’entreprise. Lorsque les objectifs en matière de santé et sécurité sont réellement reliés au sens du travail et soutenus par la direction, ils deviennent porteurs et mobilisateurs.
Ce que cela change pour les pratiques QHSE et SST
Intégrer la robustesse dans nos démarches, c’est :
Remettre le travail réel au centre : comprendre comment les personnes font face aux imprévus, comment elles bricolent, compensent, ajustent.
Valoriser la coopération : faire confiance à l’intelligence collective pour trouver des solutions adaptées.
Accepter l’incertitude : apprendre à naviguer plutôt qu’à contrôler.
Développer la réflexivité : prendre le temps de discuter des écarts, non pour les sanctionner, mais pour en tirer du sens.
C’est aussi repenser nos indicateurs : Et si, au lieu de mesurer uniquement les écarts négatifs (accidents, incidents, non-conformités), on mesurait aussi les signes de vitalité ? Les apprentissages collectifs, la circulation de la parole, la confiance perçue, la capacité à innover dans les situations sous contraintes…
Une culture de la robustesse : apprendre à faire avec
La robustesse, au fond, c’est l’art du “faire avec” :
avec l’humain tel qu’il est,
avec les tensions du quotidien,
avec les variations de la réalité.
Plutôt que d’éliminer les écarts, il s’agit d’en faire une ressource. Un écart bien discuté, partagé, compris, devient un levier de progrès et de cohésion.
Les organisations qui adoptent cette posture développent une culture de sécurité vivante : elles ne se contentent pas d’appliquer des règles, elles cultivent un état d’esprit. Elles deviennent capables d’apprendre sans attendre l'accident.
Pour aller plus loin : un outil d’auto-évaluation de la robustesse
Pour ouvrir la réflexion, je vous propose (ou à votre équipe) de vous poser quelques questions simples :
Dans votre entreprise, encouragez-nous la diversité des points de vue ?
Avez-vous plusieurs relais pour traiter les signaux faibles (Baisse d’enthousiasme ou d'énergie, moins de participation en réunion d'équipe, conversations interrompues dès qu’un manager arrive, silence lors des phases de retour d’expérience,...)?
Savez-vous apprendre collectivement des incidents ou erreurs ?
Votre discours en santé-sécurité est-il aligné avec vos pratiques quotidiennes ?
Ces quatre questions correspondent aux quatre piliers de la robustesse. Les explorer collectivement peut déjà faire émerger des pistes concrètes d’amélioration.
En conclusion : le vivant comme modèle
Penser la santé et la sécurité par la robustesse, c’est accepter de sortir du mythe du risque zéro, du contrôle total et de la perfection. C’est revenir à une sagesse du vivant : tout ce qui dure, dure parce que c’est capable de changer.
Nos entreprises, comme nos corps, comme nos écosystèmes, ont besoin de souplesse, d’écoute, et de coopération pour rester en santé. Et si la véritable performance, demain, se mesurait à notre capacité collective à rester vivants, ensemble, dans un monde incertain ?
Et vous, comment percevez-vous la robustesse dans votre organisation ? Quels gestes, pratiques ou postures vous semblent renforcer (ou affaiblir) la vitalité collective ? Je vous invite à partager vos réflexions ou vos expériences : elles nourrissent la culture QHSE et inspirent d’autres à penser autrement la sécurité et le bien-être au travail.

